Céramique

Le Char d'Élie

En 1951, Marc Chagall réalise ses premiers vases parmi lesquels figurent deux versions du Char d’Élie. Ces deux pièces forment les prémices de ce que l’artiste nomme ses « vases-sculptures1 », à l’instar de la série Les Amoureux et la Bête (1957).

Selon Franz Meyer, les céramiques de Chagall deviennent en effet de « véritables volumes plastiques qui devaient plus tard amener le peintre à la sculpture proprement dite2 ». Dépourvue de décor et de polychromie, la « première version » est très certainement une épreuve en terre cuite. Si l’aspect utilitaire reste perceptible sur l’autre variante, ici le traitement par ajouts de matière et modelage de la terre laissée brute pourrait faire penser à une sculpture en haut-relief.

Le thème se dévoile davantage à travers la seconde version émaillée aux tons noirs et ocre. L’ascension d’Élie sur un char de feu est relatée dans le second Livre des Rois3. L’iconographie de cet épisode biblique trouve sa source dans l’Antiquité en la figure d’« Hélios-Apollon4 » et est par la suite reprise dans l’art paléochrétien puis byzantin. Déjà sujet d’icônes de l’école de Novgorod5, « l’icône de l’ascension ardente du prophète Élie6 » prend de l’ampleur à partir du XVIIe siècle en Russie7. Il n’est donc pas étonnant que Chagall, qui s’inspire de cet art de l’icône8, choisisse ce thème pour ses céramiques, cette nouvelle technique lui permettant de donner corps et force à l’attelage. D’ailleurs, ce même sujet est choisi par l’artiste à l’échelle monumentale pour sa mosaïque Le Prophète Élie ou Le Char d'Élie, Musée national Marc Chagall, Nice (1970 - 1973)9 exécutée par Lino Melano et intégrée à l’architecture du Musée national Marc Chagall à Nice inauguré en 1973.

Ces œuvres semblent alors résonner avec les propos de Marc Chagall pour qui la terre revêtait une haute valeur symbolique : « Dans la céramique, la sculpture, qu’est-ce que j’apporte, moi, à la matière, à la terre du Bon Dieu, au feu du Bon Dieu, à la feuille, à l’écorce, à la lumière ? Peut-être le souvenir de mon père, de ma mère, de mon enfance et des miens pendant mille ans… peut-être aussi mon cœur. Il faut être humble devant la matière, soumis10 ! »

Quitterie du Vigier
1Lettre de Marc Chagall à André Susse, 1er octobre 1956, Archives Marc et Ida Chagall, Paris, AMIC-4A-0008-021.
2Franz Meyer, Marc Chagall, réédition, Paris, Flammarion, 1995, p. 250.
3Edmond Voordeckers, « Élie dans l’art byzantin », in Élie le prophète, Bible, Tradition, Iconographie : colloque des 10 et 11 novembre 1985, Bruxelles, Peeters, Louvain, 1988, p. 156.
4Ibid.,p. 157.
5Ibid., p. 192.
6Ibid., p. 192.
7Ibid., p. 192.
8À ce sujet, voir l’article de Sofiya Glukhova, « Le metamorfosi del linguaggio pittorio delle icone russe nell’opera di Marc Chagall », in Marc Chagall : anche la mia Russia mi amerà  (cat. exp., Rovigo, Palazzo Roverella, 19 septembre 2020 - 17 janvier 2021), Milan, Silvana editoriale, 2021, p. 224-231.
9Voir le catalogue raisonné des mosaïques disponible sur ce site, M-24.
10Marc Chagall cité in Charles Sorlier, Les céramiques et sculptures de Chagall, Monaco, Éd. André Sauret, 1972, p. 17.

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Animaux (cheval)

Œuvres liées

  • Le Char d'Élie, 1951, Céramique de Marc Chagall

    Marc CHAGALL, Le Char d'Élie, 1951, terre ocre rouge, éléments modelés en rajout et collés à la barbotine, épreuve en terre cuite, 32 x 26 x 24 cm, Collection particulière © Fabrice GOUSSET/ADAGP, Paris, 2025

  • Marc CHAGALL, Le Char d'Élie, 1951, terre ocre rouge, éléments modelés en rajout et collés à la barbotine, épreuve en terre cuite, 32 x 26 x 24 cm, Collection particulière © Fabrice GOUSSET/ADAGP, Paris, 2025

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